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Mora Venise au cinéma

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22 décembre 2014

Charlie's country, de Rold de Heer (Australie, 2014)

charlie's countryDimanche 21 décembre 2014, Espace Saint Michel.

Du monde dans la petite salle de l'Espace Saint Michel, c'est-à-dire une bonne trentaine de personnes, ce qui n'est pas si fréquent en ce lieu. Charlie, un vieil aborigène, entame un long chemin pour renouer avec sa terre nourricière, à cause d'une législation qui ne permet plus de vivre décemment et ne cesse d'empiéter sur les traditions du peuple aborigène. David Gulpilil, l'interprète principal, a coécrit le scénario de ce film bouleversant, plaidoyer en faveur d'un peuple méprisé et bafoué dans ses droits, lentement exterminé, perdu dans ses repères car dramatiquement coupé de ses traditions profondes et de l'harmonie qui le liait à sa terre-Mère. Un film précieux qui permet de bien comprendre les effets destructeurs de toute colonisation.

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21 décembre 2014

Gaby Baby Doll, de Sophie Letourneur (France, 2014)

gaby babySamedi 20 décembre 2014, MK2 Hautefeuille.

Une bande annonce sympathique aperçue quelques jours plus tôt me fait suivre les pas de Lolita Chammah et de Benjamin Biolay dans cette comédie espiègle et poétique, aux allures de conte romantique doucement farfelu, qui baigne dans la lumière irisée de ce qui semble être la campagne bourguignonne, au petit matin ou le soir venu. Des personnages extrêmement attachants, un bol d'air frais et d'innocence.

21 décembre 2014

Terre battue, de Stéphane Demoustier (France, 2014).

terre battueVendredi 19 décembre 2014, MK2 Odéon.

La présence d'Olivier Gourmet m'incite à découvrir cette chronique de vie ordinaire, au sein d'une famille de Français moyens vivant à Villeneuve d'Ascq. Un cadre d'entreprise, récemment licencié, essaie de rebondir en créant sa propre affaire, tandis que son fils unique de 10 ans révèle son potentiel de champion de tennis. Tous deux sont confrontés à l'exigence d'un contexte économique ou sportif qui leur demande de se dépasser, où ils doivent découvrir aussi que tous les coups ne sont pas permis. Une très belle mise en image et un scénario profond et délicat sur une relation père-fils. Olivier Gourmet excellent face au jeune Charles Mérienne, très juste, tout comme Valérie Bruni-Tedeschi en épouse déroutée.

21 décembre 2014

Gone Girl, de David Fincher (USA, 2014)

gone girlSamedi 13 décembre, UGC Montparnasse.

Entre deux achats de Noël, découverte d'un film qui m'intrigue en raison de sa présence sur les écrans depuis plus de deux mois. Succès public justifié pour ce thriller efficace, politiquement incorrect, qui peut agacer en raison de son pessimisme noir sur les relations de couple et sa psychologie taillée à la hache, femmes prédatrices et hommes benêts. Cela pourrait donc ne pas sembler très subtil et pourtant on est happé comme un poisson à un bel hameçon, prenant plaisir à se laisser crocheter et manipuler par un scénario très malin. J'ai ressenti le même plaisir jubilatoire que devant les meilleurs films d'Hitchcock, car le tout comporte une bonne dose d'humour pince-sans-rire. Rosamund Pike, dans le rôle de la "disparue" est épatante.

7 décembre 2014

Mr Turner, de Mike Leigh (Grande-Bretagne, 2014)

turnerSamedi 6 décembre, MK2 Odéon.

Un saut dans la lumière et les teintes des peintures de William Turner, un saut dans le temps également car rien n'est laissé au hasard dans cette reconstitution scrupuleuse de l'Angleterre des années 1830-1850. La photo est une splendeur, qu'il s'agisse de la lumière qui baigne les paysages ou qui s'immisce dans les intérieurs, c'est donc un régal visuel qui nous est offert. Les acteurs, comme d'habitude chez Mike Keigh, sont tous excellents. Il y a certainement eu un très gros budget pour les costumes et les décors de ce film, mais qui n'a pas permis de mettre en scène les nombreux voyages du peintre sur le sol européen. Le spectateur ne quittera guère l'Angleterre, hormis une première scène qui se situe aux Pays-Bas (mais tournée sur le sol britannique). On serait tenté de croire que les seuls trajets de ce grand voyageur se limitèrent à des aller-retour entre Londres et Margate, un petit port de la côte Est. C'est donc un peu dommage que certains aspects majeurs de la personnalité du grand homme soient à peine effleurés. Reste un très beau film, admirable au niveau de l'image et de l'interprétation des comédiens, à réserver - compte tenu de la longueur du film - pour les passionnés de peinture, les amoureux de l'Angleterre et de la période romantique.

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30 novembre 2014

Baal, de Volker Schlöndorff (RFA, 1970)

baalDimanche 30 novembre, MK2 Hautefeuille.

La présence de Rainer Werner Fassbinder dans le rôle-titre justifie ma précipitation pour découvrir ce film, qui bénéficie d'une nouvelle distribution depuis quelques jours à peine. 45 ans ont passé depuis le tournage, mais on y retrouve les excès d'une avant-garde allemande toujours à l'oeuvre dans un certain théâtre. Ce n'est pas forcément ce que je préfère. Violence des situations et des rapports hommes-femmes, noirceur nihiliste et apologie de la destruction du monde bourgeois (j'utilise ce terme pour me replacer dans le contexte d'alors), le film déroule en 32 séquences la vie chaotique de Baal, poète-vagabond qui incarne jusqu'à sa chute ultime une sorte d'antéchrist désespéré. L'individu est aussi abject que sa poésie sublime et le spectateur est en permanence bousculé dans des sentiments tout aussi extrêmes. Une expérience de cinéma, qui vaut par l'interprétation très inspirée de Fassbinder, des acteurs saisissants (on ne voit plus de telles trognes maintenant dans un cinéma devenu en quelque sorte aseptisé), quelques scènes stupéfiantes et la découverte de Margarethe von Trotta dans le rôle d'une des amantes bafouées de Baal. Il est stupéfiant de penser que le film a été tourné en son temps pour une diffusion à la télé allemande... Quelle audace ! Le tout fascine et épuise à la fois.

30 novembre 2014

Night Call, de Dan Gilroy (USA, 2014)

night callSamedi 29 novembre, UGC Odéon.

Un thriller efficace, vivement mené à travers un Los Angeles nocturne arpenté par un chômeur (Jake Gyllenhaal) qui verse dans la petite délinquance, avant de se reconvertir dans la forme la plus basse du journalisme à sensation. Assez anxyogène, le film aborde sans complaisance les règles d'audimat qui dictent les choix éditoriaux des responsables de journaux TV, l'exploitation des peurs mais aussi la fascination des masses pour les événements sanglants et les scènes de mort. L'ensemble est porté par de très bons acteurs, Jake Gyllenhaal est très impressionnant à chaque prise, en psychopathe imprévisible. Il incarne une sorte de charognard saurien, tout à la fois inquiétant et répugnant, qui ignore les moindres règles de déontologie et finit par aller de plus en plus loin dans les infractions à la loi au nom de la course au sensationnel, dans une impunité insolente et glaçante. Tout ceci est assez pessimiste, parfois effarant, mais l'exagération de certains caractères permet heureusement de garder une posture rassurante et de considérer que tout ceci n'est que du cinéma. Un film d'action bien conduit.

23 novembre 2014

Eden, de Mia Hansen-Love (France, 2014)

edenSamedi 22 novembre, MKA Odéon.

Portrait d'une génération sur vingt ans, le film met en scène la trajectoire festive, hallucinée puis désenchantée d'un groupe d'amis, dans la scène électro underground parisienne, de ses débuts en 1993 jusqu'en 2013. Une bande musicale et des reconstitutions réussies des fêtes nocturnes, des acteurs tous très attachants qui se meuvent avec naturel, filmés avec sensibilité et justesse, des scènes serrées, fluides et rythmées : tout est irréprochable, jusqu'à la grâce des ellipses temporelles, qui laissent au spectateur le soin d'appréhender la maturation du personnage principal, Paul, DJ dans cet eden musical éphémère. Un film à ne pas rater, qui retrace à travers le parcours de cette génération particulière, tout à la fois l'énergie joyeuse et la gravité, l'idéalisme et les désillusions de toutes les générations passées et à venir.

16 novembre 2014

Quand vient la nuit, de Michael Roskam (USA, 2014)

qd vient la nuitSamedi 15 novembre, UGC Odéon.

Une réussite que ce polar américain, réalisé avec une sobriété intense et porté par des acteurs tous irréprochables. L'histoire tient en haleine et réserve ses rebondissements, sans esbrouffe inutile et les grands effets détestables d'autres grandes productions. Bref, une classe certaine, rythmée par la musique de Marco Beltrami qui distille un suspens permanent. Le tout est efficace et redonne sa dignité à un cinéma populaire, accessible, de qualité et respectueux du spectateur.

15 novembre 2014

Interstellar, de Christopher Nolan (USA, 2014)

interstellarVendredi 14 novembre, UGC Odéon.

Impossible de rater l'annonce de la sortie de ce film, avec la grosse campagne de (très) belles affiches qui interpellent immédiatement le badaud.

Mon sentiment est resté partagé après l'avoir vu, car le pire y côtoie le meilleur. Les deux premières heures m'ont paru très longues et conventionnelles, avec force scènes lacrymales, une absence de réalisme (la poursuite du drone avec un pneu crevé... des ressources planétaires qui s'épuisent mais... l'eau coule toujours aussi abondante et claire du robinet et... on continue de boire allègrement canettes de bière et sodas... sans parler de cette mission interstellaire qui nécessite des réserves de carburant astronomiques bien évidemment). De plus, la musique d'Hans Zimmer manque cette fois furieusement de subtilité, tout est trop appuyé, un peu comme le jeu des acteurs hélas. Nappez tout ceci d'une sauce scientifiquement fictionnesque indigeste avec des données de physique auxquelles je n'ai quasiment rien compris, au bout d'une demi-heure j'avais déjà envie de quitter la salle.

Heureusement, j'ai patiemment attendu l'apparition des planètes du "trou noir" situé dans notre système solaire, faille de l'espace-temps dans laquelle va s'infiltrer une équipe d'explorateurs "interstellaires", partis à la recherche d'une planète suffisamment accueillante pour sauver ce qui reste de l'humanité. Et là certaines scènes commencent à devenir vraiment intéressantes, pas forcément sur les planètes d'ailleurs, malgré de beaux effets spéciaux. J'ai surtout été impressionnée par la dernière demie-heure du film, de toute beauté, qui entraîne de façon vertigineuse le spectateur dans une faille de l'espace-temps. C'est carrément éblouissant. Bref, cela permet de sortir de la salle pas complètement déçue, mais le film n'est vraiment pas au niveau d'Inception.

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