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Mora Venise au cinéma
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6 mai 2016

Voici le temps des assassins, de Julien Duvivier (France, 1956)

voici le tempsJeudi 5 mai 2016, le Champo.

Noirceur en noir et blanc. Une jeune fille (Danielle Delorme), dont la mère fut autrefois l'épouse de Jean Gabin, débarque de province et sème la discorde - jusqu'au crime - dans le restaurant qu'il tient dans le quartier des Halles, "le Rendez-vous des innocents". Deux hommes, Jean Gabin et son fils de substitution - un candide étudiant en médecine auquel Gérard Blain prête ses yeux faunesques - ne tardent pas à se disputer la belle, qui se révèle rapidement être à la fois une garce redoutable et une pauvre fille, victime du milieu où elle a grandi.

Devant tant de dépravation morale (c'est la mère de la jeune fille qui la pousse dans les bras de son ex-mari) et de déchéance physique (ancienne tenancière de maison close à Marseille, la mère est une droguée au dernier degré et sa fille ne recule devant aucune impudeur pour parvenir à ses fins), le film fut interdit aux moins de 16 ans à sa sortie. Tout ceci n'est pas très gai mais se regarde avec délectation, c'est un cinéma disparu dont les situations et les personnages savoureusement typés s'adonnent à une large palette des passions humaines, des plus sombres aux plus humanistes.

 

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29 avril 2016

Merci Patron, de François Ruffin (2016)

merci patronSamedi 16 avril 2016, MK2 Beaubourg.

Très efficace et haletant, ce documentaire est un pied de nez sidérant fait aux puissants de ce monde, en l'occurrence Bernard Arnault, PDG du groupe LVMH. Nouveau Robin des Bois des temps modernes, François Ruffin réussit un tournage miraculeux et pas seulement au regard des séquences inattendues dont il ne cesse de ponctuer le scénario. Il parvient à faire rire beaucoup, en dépit des conditions de vie dramatiques des anciens ouvriers des usines textiles du Nord et de la Picardie, licenciés après de fausses promesses et toujours sans emploi. Une pépite inclassable.

27 février 2016

The Revenant, d'Alejandro González Iñárritu (USA, 2015)

revenantVendredi 26 février 2016, UGC Danton.

L'emploi des superlatifs utilisés à tort et à travers chaque semaine au moment des sorties sur le grand écran incitent à la méfiance, tellement le procédé est devenu systématique. Pourtant, ce dernier film d'Iñárritu m'a véritablement laissée saisie encore plusieurs heures après sa vision, tant l'oeuvre est magnifique à tous points de vue. Saisie par l'histoire, les lieux et les conditions climatiques de tournage dans une nature sublimée par la lumière et les sons, l'interprétation extraordinaire des comédiens et une photo sidérante, j'ai retenu ma respiration tout du long et ai quitté la salle KO comme si je sortais moi-même d'un combat avec un ours (les cicatrices en moins). Rien n'est tendre en effet dans ce film qui nous raconte le combat pour survivre de tous ceux qui arpentèrent les territoires du Grand Nord canadien au début du 19e siècle : trappeurs anglais et français qui faisaient le commerce des peaux, Indiens qui tentent de faire respecter leur terre et leur peuple. Ni les hommes ni la nature sauvage donc ne laissent de répit dans ce récit qui vous prend à la gorge et ne vous relâche plus. Léonardo di Caprio et Tom Hardy, Will Poulter et Forrest Goodluck qui se partagent les rôles des plus jeunes protagonistes, donnent le maximum d'eux-mêmes dans ce très très grand film d'Iñárritu, qui va rester comme un des chefs-d'oeuvre absolus du cinéma.

7 avril 2016

Jodorowski's Dune, de Frank Pavich (USA, 2014)

jododuneVendredi 18 mars, la Filmothèque.

Documentaire passionnant, mille fois trop court. Enfin, contempler sur grand écran les extraordinaires croquis et esquisses de Moebius, Giger, Chris Foss et O'Bannon, les géniaux "guerriers artistiques" d'Alejandro Jodorowski, qui prépare de 1974 à 1976 son adaptation du roman de Frank Herbert ! Sans oublier les interviews passionnantes des survivants sur cette période d'intense créativité. C'est vif, souvent drôle et serre aussi le coeur, puisque le film ne verra hélas jamais le jour faute de crédits suffisants, mais les procédés actuels d'animation permettent de donner vie à quelques planches dessinées et ces fugitifs instants sont absolument formidables ! Bref, ce documentaire peut se voir dix fois de suite d'affilée, sans lasser jamais.

7 avril 2016

The Assassin, de Hou Hsiao Hsien (Taïwan, Hong Kong, 2015)

theassassinDimanche 13 mars, UGC Ciné Cité les Halles.

Une grande beauté formelle mais une histoire incompréhensible qui m'a semblé bien longue. Plans fixes de paysages superbes, parfaitement intemporels, que nous connaissons pour les avoir contemplés en lavis, dans les peintures traditionnelles chinoises : montagnes et brumes, étendues d'eau et envols d'oiseaux silencieux. Le plan d'un paysage tissé est tout aussi saisissant.

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7 avril 2016

Saint Amour, de Benoît Delépine et Gustave Kervern (France, 2015)

st amourSamedi 12 mars, MK2 Odéon.

Décevant, en dépit de quelques scènes sympathiques filmées au coeur du salon de l'agriculture et d'une foire aux vins en Beaujolais, et d'une apparition très savoureuse de Michel Houellebecq en propriétaire de maison d'hôte... Un joli rôle pour Gérard Depardieu qui trouve encore une fois parfaitement sa place dans l'univers tendre et décalé du duo Delépine-Kervern. Dommage que le film soit si paresseux.

7 avril 2016

Le convoi sauvage, de Richard Sarafian (USA, 1971)

convoi sauvageDimanche 6 mars, la Filmothèque.

Cette version initiale du Revenant paraît aujourd'hui un peu surannée mais reste malgré tout très intéressante, car elle fait sans doute partie d'un des premiers westerns dits "modernes". De plus, la présence de John Huston, impitoyable commandant d'expédition, et les scènes de navire bringuebalant, transporté à bras d'hommes à travers les forêts du continent nord-américain confèrent à l'ensemble un accent surréaliste et baroque très réjouissant. Pas mal donc.

6 mars 2016

Un jour avec, un jour sans, de Hong Sang-Soo (Corée, 2015)

unjour avecVendredi 4 mars 2016, Reflet Médicis.

Une même scène revisitée, celle de la rencontre d'un réalisateur indépendant et d'une artiste peintre, deux volets constituent donc ce film ponctué de dialogues qui rivalisent de banalité et de déambulations alcoolisées : un jour avec pour la sincérité des déclarations de l'homme devant les toiles de la jeune femme, un jour sans lorsque le réalisateur rabâche les mêmes formules pour décrire la source de la démarche artistique quel.le que soit son.sa ou ses auditeurs. Parfois hilarant, toujours savoureux, même si la seconde partie traîne un peu en longueur dans cette rencontre amoureuse sans conclusion.

6 mars 2016

M, de Joseph Losey (USA, 1951)

MLundi 29 février 2016, le Champo.

Très intéressant remake du film de Fritz Lang, dont l'histoire est transposée dans le Los Angeles de 1950. La saveur cependant n'est pas la même, bien que le scénario soit rigoureusement respecté et que l'on retrouve nombre de scènes très importantes, il s'agit bien d'une autre époque qui nous est présentée, d'une autre culture. Le film donc est très curieux à découvrir, car c'est bien toute l'histoire de M qui se déroule à l'écran, mais en même temps c'est complètement un autre film, très américain celui-là. Dans le rôle du meurtrier, Peter Lorre est remplacé par David Wayne, en psychopathe torturé. Mon attachement à la version originale qui relève de l'idôlatrie limite forcément mon enthousiasme, mais il faut reconnaître que ce n'est pas mal du tout, très intéressant et curieux à comparer en tout cas.

6 mars 2016

Nos plus belles années, de Sydney Pollack (USA, 1973)

nosplus belles anneesDimanche 28 février 2016, la Filmothèque.

Chronique amoureuse et politique, courant de la fin des années 30 au début des années 70, interprétée par Barbra Streisand et Robert Redford. Deux étudiants que tout oppose dans leur tempérament et leur origine sociale vivent une passion amoureuse vouée à l'échec. D'un côté une étudiante pauvre, militante très engagée, de l'autre un jeune homme aisé, "qui sourit tout le temps" pour reprendre les termes de la jeune fille, et pour qui en effet tout est appelé à sourire au cours d'une vie de réussite toute tracée. Pourtant, le jeune homme qui possède toutes les ressources d'un écrivain talentueux, mais habitué aux facilités et qui n'a jamais eu à se battre pour quoi que ce soit, brade son talent auprès d'Hollywood, puis pour la télévision, tandis que sa compagne reste engagée dans tous les combats politiques qui agitent l'Amérique de ces décennies : l'engagement auprès des Alliés à l'aube de la Seconde guerre mondiale, le combat contre le maccarthysme, la guerre du Viet-Nam, les armes nucléaires... Un très beau drame romantique qui traite de l'importance de maintenir en alerte sa conscience politique et de garder son intégrité.

20 janvier 2016

Janis, d'Amy Berg (USA, 2015)

janisSamedi 9 janvier 2016, le Cinéma du Panthéon.

Ce documentaire consacré à Janis Joplin permet de reconstier le parcours de cette chanteuse hors norme avec les témoignages des personnes, famille et amis, qui ont partagé sa vie ou l'ont simplement croisée. Quelques documents télévisés et photos agrémentent l'ensemble et redonnent vie à cette artiste tout en permettant de mieux la comprendre. Il est toujours émouvant de revoir les images d'une personnalité si attachante trop tôt disparue mais l'ensemble cependant ne permet pas d'apprendre grand'chose pour qui connaît déjà les grandes lignes biographiques et est même très soft par rapport à la réalité de la scène musicale de San Francisco durant les sixties.

20 janvier 2016

Au-delà des montagnes, de Jia Zhang-ke (Chine, 2015)

audela des montagnesSamedi 2 janvier 2016, MK2 Beaubourg.

Tout aussi sombre que A touch of sin sorti l'an passé mais avec une violence moins primaire, bien que ce soit l'extrême violence - mais diffuse - de l'acculturation qui est ici décrite sur deux décennies dans une Chine contemporaine ouverte à la mondialisation. Tout est brisé chez les personnages, les relations amoureuses, familiales, le rapport à la langue et aux traditions. Profondément mélancolique et désespéré.

22 février 2016

Anomalisa, de Duke Johnson et Charlie Kaufman (USA, 2015)

anomalisaDimanche 21 février 2016, MK2 Odéon-Saint-Michel.

Un fort joli film d'animation, avec ses petits personnages de silicone (?) dont la texture évoque l'aspect de la peau, son velouté et sa fragilité. Petites marionnettes attendrissantes donc, pour nous conter l'histoire d'un homme pas du tout attendrissant, un pauvre type empêtré dans ses contradictions, ayant une fâcheuse tendance à faire souffrir autour de lui, et que saisit une violente crise existentielle jusqu'aux bords de la folie, en dépit de toutes les apparences de sa réussite sociale, professionnelle et familiale. Le contraste entre les moyens utilisés pour nous conter cette histoire glaçante du coup de foudre d'un soir qui illumine fugitivement la pauvre vie d'un irresponsable, et l'innocence enfantine, la pureté naïve des gestes et des visages des personnages animés, est vertigineux et saisit au coeur.

19 février 2016

Les innocentes, d'Anne Fontaine (France, Pologne, 2015)

lesinnocentesJeudi 18 février 2016, UGC Odéon.

Film tourné en Pologne, qui reconstitue les faits tragiques survenus dans un couvent au moment de la libération du territoire par l'armée russe, durant les derniers mois de la Seconde guerre mondiale. Une jeune femme de la Croix Rouge française est sollicitée dans le plus grand secret pour procéder aux accouchements de religieuses. Souple et discrète, la caméra est souvent au plus près des visages, et parvient à nous transmettre tous les frémissements intérieurs, déchirures et doutes, des personnages. De même, nous percevons toutes les respirations et les défroissements des petits corps qui émergent au monde un à un, et qui sont les autres innocents du film. C'est la grande réussite de ce film attentif et attentionné dont la fin déçoit malheureusement quelque peu. Le dernier quart d'heure n'est en effet pas à la mesure de tout ce qui a été donné à voir et à ressentir tout au long de la projection, il nous laisse sans questionnement avec une sorte d'arrière-goût de scénario bâclé, de happy end facile auquel il est impossible d'adhérer. Que dire aussi de la présence de Vincent Macaigne en contre emploi, dans le rôle d'un médecin juif dont toute la famille a été exterminée, qui ne convaint guère... De grandes qualités malgré tout, avec de très bonnes interprètes féminines, Agatha Buzek en particulier.

18 février 2016

Le trésor, de Corneliu Porumboiu (Roumanie, 2015)

le tresorLundi 15 février 2016, MK2 Odéon-Saint-Michel.

Humour tendre et pince-sans-rire. A Bucarest, deux voisins de palier désargentés, dont un sur le point d'être expulsé de son logement, décident de partir à la recherche du trésor que le grand-père de l'un d'entre eux aurait dissimulé à la campagne, dans son jardin, avant l'arrivée au pouvoir des communistes. Une grande sobriété de ton pour illustrer cette situation extrême : des cadrages dépouillés, à l'image des intérieurs aux couleurs presque ternes, des personnages tellement dignes qu'ils en sont presque désincarnés, tempérants même dans la colère ou le désespoir, cocasserie des situations esquissées dans la finesse, on croirait presque voir par moments sur l'écran la case d'une bande dessinée aux lignes claires qui s'animerait. Un moment de cinéma très sympathique.

18 février 2016

Les premiers, les derniers de Bouli Lanners (Belgique, 2015).

les premiers les derniersDimanche 31 janvier 2016, UGC Ciné-Cité Les Halles.

Bouli Lanners est un homme généreux. Il filme les pérégrinations de malfrats sans envergure et de laissés pour compte, simples d'esprits et vagabonds, qui croisent sur leur route un Christ à dégaine de SDF, dans un format qui n'aurait rien à envier au cinémascope. Dans ce film en couleur, les paysages sont cadrés dans une violence de contrastes qui n'auraient rien non plus à envier au noir et blanc. C'est la Beauce, mais quelle Beauce ! Telle qu'on ne pourrait pas l'imaginer, elle est sublimée comme un paysage du grand Ouest américain, sillonnée par des pick-ups conduits à toute allure. Un film sur l'importance de l'amitié, de la rencontre, de l'entraide et du respect que l'on doit aussi bien aux morts qu'aux vivants pour gagner sa dignité d'être humain, de la foi nécessaire aussi pour traverser les épreuves, le tout distillé d'humour et de gravité.

29 janvier 2016

Seuls les anges ont des ailes, d'Howard Hawks (USA, 1939)

seuls les angesLundi 25 janvier 2016, la Filmothèque du Quartier Latin.

Hommage aux braves, les aviateurs de l'aéropostale qui affrontèrent voici plusieurs décennies toutes les intempéries pour livrer le courrier dans leurs coucous bringuebalants. Les scènes d'aviation sont impressionnantes, et le genre "comédie dramatique" prend ici tout son sens. Vif, drôle et émouvant, dans les situations comme dans les dialogues, ce film alerte et viril, pensif aussi parfois, fait alterner toutes les scènes qui donnent à la vie la peine d'être vécue pour que les vivants parviennent à grandir en humanité. Les comédiens, Cary Grant, Rita Hayworth, Jean Arthur... et tous les seconds rôles, explosent de beauté et de talent.

29 janvier 2016

Ecrit sur du vent, de Douglas Sirk (USA, 1956)

ecrit sur du ventLundi 25 janvier 2016, Filmothèque du Quartier Latin.

Mélodrame amoureux au Texas, au milieu de l'Amérique prospère et corsetée des années 50. Distribution épatante dans un univers aussi irréel qu'un dessin animé tel que ceux produits par Walt Disney à la même époque. Dans ce cadre lisse et coloré, Robert Stack et Dorothy Malone font tache, en incarnant le frère et la soeur tourmentés, progéniture d'un magnat du pétrole (qui a d'ailleurs une vague ressemblance avec Walt Disney). Rock Hudson et Laureen Bacall quant à eux sont les figures de la réussite de cette Amérique bien-pensante. Figée et inexpressive, dénuée de toute sensualité, Laureen Bacall suscite la passion des deux hommes, ce qui provoque déjà une forte interrogation... Dorothy Malone, nymphomane volcanique, ne provoque que mépris, rejet ou indifférence. Au milieu de scènes d'un romantisme pudibond à l'extrême, les problèmes sexuels des protagonistes ne cessent d'être évoqués dans les décors. Derricks qui hérissent le paysage, tiges de forage en plein centre-ville, anthuriums rouges éclatants, petit garçon chevauchant frénétiquement son cheval à bascule, tout évoque la passion refoulée ou exacerbée. Douglas Sirk était vraiment un homme extraordinaire pour contourner la censure hollywoodienne d'alors de façon aussi adroite. Un film unique et épatant.

20 janvier 2016

Carol, de Todd Haynes (USA, 2015)

carolSamedi 16 janvier 2016, Saint-Germain-des-Prés.

Le monde américain de ce début des années 50 que Todd Haynes met en scène, baigne dans une esthétique ronde : qu'il s'agisse de l'intérieur des appartements ou des voitures, le design des décors et des objets se fait l'écho des formes et de la souplesse d’un corps féminin. La rondeur n'est pourtant que visuelle dans cet univers qui se situe lui aussi bien "loin du paradis", pour reprendre le titre d’un précédent film de l’auteur, pour tout individu dont les aspirations se situeraient en dehors des conventions sociales : ici, deux femmes qui se découvrent une attirance amoureuse réciproque. Toutes deux sont en conflit, ouvertement ou de façon larvée, avec leur environnement immédiat. L'une, une femme mariée qui ne parvient plus à se soumettre au rôle traditionnel qui lui est prescrit ; l'autre, plus jeune, qui entre dans la vie active et ressent aussitôt l'étroitesse d'un cadre professionnel qui l'enserre jusqu'à l'étouffement. Toutes deux ont conscience qu’il leur faut sortir de la place qui leur est assignée par une morale répressive qui définit, selon le sexe ou les origines sociales, le rôle à tenir dans la société. Même si les récalcitrants peuvent être facilement broyés, se risquer à franchir les limites autorisées pour être authentiquement soi est une question de dignité et de survie. Rooney Mara, dans le rôle de la plus jeune femme, a remporté le prix d’interprétation féminine à Cannes en 2015, et Cate Blanchett, sa partenaire, crève l'écran à chaque scène, d'une expressivité incroyable en dépit d'un visage rendu volontairement figé par le masque de son maquillage. Voici donc un excellent film, à l’esthétique tout à la fois sobre et sophistiquée, porté par deux excellentes comédiennes, qui décrit parfaitement le cheminement de deux personnages lucides et courageux.

 

 

30 décembre 2015

L'étreinte du serpent, de Ciro Guerra (Venezuela, Colombie et Argentine, 2015)

étreinte du serpentMardi 29 décembre 2015, MK2 Beaubourg.

Comparé par la critique à Fitzcarraldo, Apocalypse now et Tabou, ce film est bien meilleur que les trois réunis. Bien plus hypnotique, tout en dénonçant les cruautés de la colonisation, l'absurdité ou la folie des hommes avides de prestige, il nous entraîne dans les méandres sinueux de l'Amazonie à la suite du chaman Karamakate, dernier survivant de sa tribu, qui part à la recherche d'une plante sacrée, la yakruna, à la demande de deux explorateurs qu'il rencontre à 50 ans d'intervalle. Le film s'apparenterait plutôt par sa capacité d'envoûtement à La forêt d'émeraude. Moins spectaculaire et plus subtil cependant, il mêle habilement le récit d'aventure à une invitation à se dépouiller pour se fondre dans l'essence sacrée qui lie chaque élément de la création, en dépassant les frontières du temps et de l'espace.

18 février 2016

El Clan, de Pablo Trapero (Argentine, Espagne 2015)

el clanMardi 16 février 2016, MK2 Odéon-Saint-Germain.

1980-1985 : transition politique en Argentine, des années de dictature à la démocratie. Quelques images d'archives en tout début de film nous permet d'entendre le fragment d'un discours du président Raul Alfonsin, qui vient d'être élu et déclare vouloir tout mettre en oeuvre pour pourchasser ceux qui jusque-là s'étaient adonnés à la violence et au crime en toute impunité. Devant l'écran de télévision, une famille de la classe moyenne écoute distraitement tout en vaquant à ses occupations, vaisselle et devoirs d'école, sur fond de hurlements étouffés par l'épaisseur des murs. Cette famille, c'est le "clan", que dirige d'une main de fer un patriarche au physique de petit bourgeois anodin. Agent des services de renseignements sous la dictature du "colonel", Arquímedes Puccio est à n'en pas douter un serviteur zélé qui peut en contrepartie s'adonner à des enlèvements contre rançon. Il kidnappe, tue (ou plutôt fait tuer) et s'enrichit avec la protection des autorités.

Guillermo Francella interprète de façon ébouriffante ce patriarche indigne, redoutable d'insignifiance et propre sur lui, qui exerce d'un air patelin une autorité écrasante sur son fils aîné, Alejandro, pour l'entraîner à sa suite. Tour à tour bonhomme et inquiétant, ce manipulateur courtois et vipérin, mégalomane et paranoïaque, incarne à lui seul toute la crapulerie exécutrice des basses oeuvres de toutes les dictatures, et sait utiliser à ses propres fins les âmes trop faibles pour lui résister. Cet excellent film, qui relate des faits réels, parvient à utiliser avec bonheur une distance qui permet au spectateur de suivre la narration sans haut-le-coeur, compte tenu de l'atrocité des faits. L'ensemble distille une formidable énergie et est excellemment interprété. 

 

30 décembre 2015

Pauline s'arrache, d'Emilie Brisavoine (France, 2015)

pauline s'arracheSamedi 26 décembre 2015, MK2 Hautefeuille.

Mal ficelé en dépit de personnages attachants qui valent à ce documentaire quelques bons instants, sinon ce serait un vide abyssal. Pauline n'arrache pas grand'chose, quant au spectateur, il doit vraiment lutter pour ne pas s'arracher de son fauteuil au bout de 5 minutes...

30 décembre 2015

L'hermine, de Christian Vincent (France, 2015)

lhermineMercredi 23 décembre 2015, UGC Rotonde.

Président de cour d'assises à Saint-Omer, Fabrice Lucchini campe un personnage au premier abord peu avenant mais qui vibre d'une forte sentimentalité. Il ne faut pas se fier aux apparences ni aux réputations surfaites, scande ce film très sympathique tout au long du récit. La mise en scène, conventionnelle, est toutefois soignée sans jamais sombrer dans la banalité et invite à dépasser les apparences d'un théâtre social, où chacun joue le rôle qui lui est imparti tout en ayant à se défendre de ce dont on l'accuse trop vite, bien au delà des frontières d'une cour de justice. Le tout servi par d'excellents comédiens.

18 février 2016

Morocco, de Joseph Von Sternberg (USA, 1930)

moroccoVendredi 5 février 2016, la Filmothèque.

Le noir et blanc chatoyant de Joseph Von Sternberg, c'est la garantie de retrouver Marlene Dietrich sublimée comme personne ne sut le faire. La voici donc, blondeur vaporeuse, perfection lisse jusque dans l'audace, avec Gary Cooper en prime, tous deux au sommet de leur beauté - s'il est possible d'arrêter une date en la matière, pour ces deux icônes. On attend donc que le rideau s'entrouve et que commence la séance, avec l'impatience d'un enfant qui attend l'arrivée du Père Noël devant un sapin chamarré, et l'on n'est pas déçu. Chef d'oeuvre immortel.

30 décembre 2015

Mia Madre, de Nanni Moretti (Italie, 2015)

mia madreSamedi 5 décembre 2015, MK2 Odéon.

Très quelconque, une mise en scène atone, à l'image de Margherita Buy qui interprète une réalisatrice très occupée entre les plateaux de tournage et les visites à sa mère âgée, hospitalisée en soins intensifs. Tout ceci devrait être fort émouvant, et bien non. D'autre part, on fait le grand écart pour voir John Turturro cabotiner à souhait en incarnant un acteur américain cabot. Ce n'est même pas drôle. Finalement, ce film me fait l'effet d'un ratage complet.

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