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Mora Venise au cinéma
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7 juillet 2014

A la recherche de Vivian Maier, de John Maloof et Charlie Siskel (USA, 2013)

vivian maier

Samedi 5 juillet, MK2 Odéon.

Recherche inaboutie, portrait inachevé, tant les zones d'ombre s'épaississent au fur et à mesure des avancées de l'enquêteur John Maloof, qui tente de découvrir qui était Vivian Maier, anonyme nounou de Chicago et talentueuse photographe de rue, dont il acquiert en 2007 par hasard dans une salle des ventes une malle contenant plus de 100 000 négatifs. Le documentaire est un peu quelconque et parfois trop bavard, à l'image des témoins interviewés, anciens employeurs de Vivian et leurs enfants, mais décolle lorsqu'apparaissent à l'écran certains de ses clichés, portraits ou scènes de rue superbement captés, ou lorsque ce sont des photographes de renom qui analysent cette femme au travers de ses prises de vue. Finalement, on en sait de moins en moins sur Vivian Maier et on souhaiterait en savoir beaucoup plus, tant cette femme intelligente qui avait conscience de son talent et de sa valeur, intrigue par sa recherche forcenée de l'anonymat. Un peu frustrant donc, d'autant que les photos sont présentées parfois beaucoup trop rapidement, mais une grande envie d'en voir plus en prenant son temps, si un jour une exposition lui est consacrée.

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4 juillet 2014

Under the skin, de Jonathan Glazer (Royaume-Uni, 2013)

under the skin

Lundi 30 juin, MK2 Odéon.

Un voyage sur la planète Terre, plus précisément dans les faubourgs de Glasgow et les landes écossaises, à travers le regard sans émotion d'un alien qui habite une dépouille humaine, interprétée par Scarlett Johansson, piège de créatures mâles destinées à nourrir cette forme de vie extraterrestre. Mystérieux, intrigant et épatant, rythmé par une musique expérimentale de Mica Levi, qui évoque parfois John Cage, ce film est riche d'une écriture très personnelle. Des scènes stylisées, composées à la perfection et toujours surprenantes, nous transporte de l'extrême "noir" à l'extrême "blanc", selon les épisodes traversés par l'alien. Imperméable à la dureté des éléments et à la fragilité humaine, l'alien finit par aborder le rivage de l'humanité à partir du moment où elle surprend son propre reflet dans un miroir. Le film bascule alors dans une nouvelle dimension. Passionnant, tragique et envoûtant.

20 mai 2014

La chambre bleue, de Mathieu Amalric (France, 2013)

la chambre bleue

Mardi 20 mai, UGC Odéon.

Une bien belle affiche, intrigante, pour ce nouveau film de Mathieu Amalric que j'étais bien pressée de découvrir. Au final, ce qui m'a surtout plu c'est de voir quelques images de ma Vendée natale, tournée dans les rues et sur la plage des Sables d'Olonne... L'image est très soignée et ce film comporte de nombreux très beaux plans, dont certains, très rapprochés sur les visages, font efficacement pénétrer dans l'intimité innocente et naïve, ou perverse, des couples de l'histoire, tirée d'un roman de Simenon. C'est un petit film sympa, malheureusement qui m'a aussi parfois ennuyée, que j'ai trouvé parfois aussi un peu prétentieux, avec une musique lyrique en générique de fin que je n'ai pas trouvé adaptée à ses protagonistes minables. Il n'atteint pas le niveau d'autres adaptations de Simenon au cinéma, Betty par exemple, ou l'Affaire Saint-Fiacre, ou encore Les fantômes du chapelier. Encore déçue.

19 mai 2014

Night moves, de Kelly Reichardt (USA, 2013)

night moves

Samedi 10 mai, Studio Luxembourg-Accatone.

Une incursion sombre et dense dans une communauté écologiste de l'Oregon, où deux membres (interprétés par Jesse Eisenberg et Dakota Fenning) se laissent tenter par la voie de l'extrémisme afin d'alerter les consciences sur les méfaits subis par la nature. Leur acte aura des conséquences inattendues et incontrôlables. A la suite de ces tristes héros, le film m'a entraînée dans la spirale feutrée d'une succession de scènes nocturnes où l'inéluctable se met lentement en place. J'ai été très impressionnée par Jesse Eisenberg, dont le visage constamment tendu et inquiet trahit toute la violence de ses contradictions intérieures. C'est un film sans artifice, impeccablement dirigé et mis en scène, suintant d'un calme vénéneux, qui m'a conduit à me ronger les ongles pendant toute la séance. Il a été justement récompensé du Grand prix au festival de Deauville 2013.

2 mars 2014

La femme du ferrailleur, de Danis Tanovic (Bosnie-Herzégovine, 2012)


la femme du ferrailleurVendredi 28 février, Espace Saint-Michel.

Me voici de retour, en fin de semaine à la salle de l'Espace Saint-Michel, pour voir ce film-documentaire d'une heure et quinze minutes. Je n'ai toujours pas réussi à savoir qui a dessiné cette très belle affiche, en bas à droite on peut lire "Pierre", mais une petite recherche sur internet ne m'a pas plus renseignée. En plus du sujet (l'épouse d'un couple de roms vivant en Bosnie doit se faire opérer d'urgence d'une fausse couche, mais sans couverture sociale et sans argent, refusée à l'hôpital pour recevoir les soins appropriés, sa seule issue est une mort certaine), ce qui m'intéressait était de voir les rôles-titres interprétés par les protagonistes de ce qui fut un fait divers réel. 

On est très proche du documentaire, le réalisateur reconstituant ce qui fut un fait divers révoltant. L'engagement et la révolte pour appeler à plus d'humanité et de compassion envers les faibles et les réprouvés ne peut être que fort louable. Mais j'ai un peu de mal à supporter une caméra qui bouge tout le temps et des cadrages qui me semblent bâclés. En sortant de la salle, déçue par la "forme" du film que j'ai trouvé mal "ficelé" avec une image souvent médiocre (mis à part les plans nocturnes de la centrale nucléaire voisine de leur village), je n'ai pas pu m'empêcher de penser à ce documentaire vu à la TV il y a un mois environ : "Les trois soeurs du Yunnan" de Wang Bing. Que voulez-vous, je reste très attachée à la beauté plastique, dont le rôle n'est pas mineur lorsque l'on façonne une oeuvre, pour participer à rendre le discours des dénonciations plus vigoureux, digne et inoubliable (je pense aussi à "Hunger" de Steve McQueen en écrivant cela).

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11 mars 2014

L'étudiant, de Darezhan Ormibayev (Kazakhstan, 2012)


létudiantSamedi 8 mars, MK2 Beaubourg.

Transposition kazakhe du roman de Dostoïevski "Crime et châtiment".

Un regard sur la vie d'aujourd'hui au Kazakhstan, à travers les yeux d'un étudiant au chômage, qui va braquer un épicier pour pouvoir payer sa logeuse. Deux sociétés se côtoient, celle des nouveaux riches et celle des humbles et des fauchés. La plus grande violence se révèle être exercée par les parvenus, toujours arrogants, toujours par pur caprice (ou pure bêtise). Pour les étudiants qui doivent déterminer quelle conduite donner à leur vie, il s'agit de choisir entre une économie de prédation et une société où l'humanité aurait encore sa place. Résumé ainsi, le film peut sembler vraiment simpliste, mais je l'ai trouvé tout de même intéressant (je ne connais pas du tout le Kazakhstan et donc j'étais heureuse de découvrir cette vision de sa société, bien que désespérée), mais le rythme lent traîne parfois en longueur. D'ailleurs j'ai fini par trouver mon siège inconfortable... Le début m'a pourtant beaucoup plu, dans sa sobriété et son humour pince-sans-rire, ses personnages laconiques, j'ai cru avoir découvert un "Aki Kaurismaki" kazakhe (qui a d'ailleurs aussi fait une adaptation de "Crime et châtiment" dans sa jeunesse). L'acteur principal, Nurlan Baitasov, a une très belle présence, puissante.

17 mars 2014

Braddock America, de Jean-loïc Portron et Gabriella Kessler (France, 2013)

braddock

Samedi 15 mars, Espace Saint-Michel.

Ce documentaire a été sélectionné par l'association du cinéma indépendant pour sa diffusion (ACID), parmi la trentaine de films qu'elle finance annuellement, pour être projeté au public lors du dernier festival de Cannes, en mai 2013.

Située au nord-est des Etats-Unis, la ville de Braddock est un ancien bastion sidérurgique, aujourd'hui ville fantôme frappée par la désindustrialisation, qui lutte contre l'abandon. Les témoignages des anciens ouvriers, dignes, lucides et révoltés qui tiennent des propos pouvant être tout à la fois galvanisants et bouleversants, alternent avec des images d'archives, documents d'actualités ou films personnels amateurs, qui illustrent le contraste tragique de l'ancienne cité minière bourdonnante d'activité, fière d'oeuvrer à la puissance de l'Amérique, et de la ville actuelle désertée. Une petite communauté d'habitants lutte pour que la ville conserve sa dignité au quotidien, par l'action solidaire.

Un documentaire très important pour comprendre ce qu'entraîne la disparition des industries, le cataclysme qui survient dans d'innombrables parcours de vie. 

 

29 mars 2014

Leçons d'harmonie, d'Emir Baigazin (Kazakhstan, Russie et Allemagne, 2013)

leçons dharmonie

Samedi 29 mars, Espace Saint-Michel.

Je poursuis ma découverte du Kazakhstan, après avoir vu "L'étudiant". Ce film-ci donne également une image très violente du pays, dans l'enceinte d'un collège cette fois, où règne la loi du plus fort, celle du jeune Bolat qui rackette avec deux acolytes tous les élèves de l'établissement. C'est une violence qui s'exerce en cascade. Bolat est lui-même sous la coupe de deux clans de "grands frères" qui se menacent et se tabassent également entre eux... Bolat n'est pas le personnage central du film, mais il subit la vengeance d'un autre collégien, Aslan, qui lui sert de souffre-douleur et qu'il tient à l'écart de tous. Au moins Aslan n'est-il pas racketté puisqu'il n'a même pas le droit d'exister, son seul statut est d'être invisible. Lui-même n'est pas un enfant très rassurant. Il est déjà passé maître dans l'art de tuer, qu'il s'agisse d'un mouton, de cafards ou de lézards, le meurtre étant la seule issue qu'il s'ingénie à trouver pour survivre dans une société sans morale, dominée par les adultes qui exerçent une violence encore pire, en toute légalité.

Une histoire terrifiante, magnifiquement interprétée par tous les jeunes acteurs. J'ai aussi souvent été épatée par la photo : de superbes cadrages et un travail de couleur d'une grande délicatesse.

7 avril 2014

Dallas Buyers Club, de Jean-Marc Vallée (USA, 2013)

dallasBC

Vendredi 4 avril, UGC Ciné Cité Les Halles.

Ron Woodroof (Matthew McConaughey) est un fan de rodéo texan, macho et homophobe qui se découvre atteint par le virus du SIDA. L'action se déroule en 1985. Le film nous renvoie donc 30 ans en arrière, dans les préjugés qui entouraient alors cette nouvelle maladie : une maladie qui ne touchait que les homosexuels, et transmissible par le toucher ou la salive. C'est un de ses mérites de nous rappeler ces conditions, ainsi que la quasi inexistence des soins. La très bonne performance de Matthew McConaughey, tellement amaigri par ailleurs qu'il en est méconnaissable dans de nombreuses scènes, est à souligner. Face à lui, les autres comédiens sont bien palots. Le combat de cet homme déterminé qui permet à toute une communauté d'accéder à des soins, en se procurant des médicaments non homologués au Mexique ou au Japon, pour se soigner envers et contre tout est une découverte intéressante, et son ouverture progressive à plus de tolérance et d'humanité vis-à-vis des homosexuels est bien représentée. Bref, le film n'est pas mal mais ne m'a pas enthousiasmée plus que ça, bien que l'acteur principal crève l'écran, comme à son habitude.

3 juin 2014

Les drôles de poissons-chats, de Claudia Sainte-Luce (Mexique, 2013)

poissons chats

Samedi 31 mai, MK2 Hautefeuille.

Un joli film chaleureux, mais aux scènes inégales. Il s'agit du premier long métrage de Claudia Sainte-Luce, qui nous raconte l'histoire d'une jeune femme solitaire (Claudia, interprétée par Ximena Ayala) qui fait la connaissance d'une mère de famille, Martha (Lisa Owen) alors qu'elle est hospitalisée pour une crise d'appendicite. Sa voisine de lit, Martha, souffre d'une maladie grave mais elle se prend d'affection pour Claudia qui se laissera adopter tour à tour par ses quatre enfants. J'ai surtout aimé les scènes qui se déroulent dans le supermarché où travaille Claudia, qui illustrent parfaitement sa solitude et son quotidien morne.

20 avril 2014

Real, de Kiyoshi Kurosawa (Japon, 2013)

real

Vendredi 18 avril, MK2 Hautefeuille.

Après le magnifique Shokuzai découvert l'an dernier, je ne pouvais pas manquer le dernier film de Kiyoshi Kurasawa. Cette fois-ci, il met en scène un jeune couple dont l'épouse, dessinatrice de mangas, se retrouve dans le coma après une tentative de suicide. Or, une nouvelle technologie médicale permet de pouvoir entrer en contact mental avec le malade, ce qui est proposé au mari, afin qu'il puisse communiquer avec son épouse, l'inciter à comprendre les raisons de son acte et s'éveiller. Elégance absolue de la couleur, des scènes, du jeu d'acteurs, je ne peux en dire plus sans trahir l'histoire qui réserve des volte-faces inattendues. Une vraie séance de cinéma qui ne mêle pas seulement le rêve à la réalité. 

26 avril 2014

Tom à la ferme, de Xavier Dolan (Québec, 2013)

tom alaferme

Vendredi 25 avril, MK2 Beaubourg.

Revoir la lumière du jour à la sortie de salle me fut très réconfortant, après avoir visionné ce beau film sombre et oppressant ! Xavier Dolan interprète à merveille le personnage frémissant de Tom, jeune citadin vivant à Montréal, qui se rend aux funérailles de son amant au fin fond de la campagne québécoise. Terrorisé par Francis (interprété par l'impressionnant Pierre-Yves Cardinal), le frère de son amant défunt, effrayant de violence à l'état brut, qui finit par le retenir en otage dans la ferme où il vit seul avec sa mère, Tom est contraint au mensonge auprès de celle-ci sur la vraie nature de la relation qu'il entretenait avec son fils. Francis est un personnage insoutenable mais ambigu. On soupçonne que la violence qu'il exerce sur autrui n'est sans doute qu'une conséquence de celle qu'il a reçue, au moins de sa mère qui continue d'avoir à son égard la main très leste, tandis que l'on devine l'adoration qu'elle éprouvait pour le plus jeune frère décédé. A noter la très belle intro (l'allocution funéraire que prépare Tom, puis "les moulins de mon coeur" de Michel Legrand, interprétée a capella par Kathleen Fortin...), qui reflète l'amour profond et la souffrance du jeune homme, avant que s'instaure un climat très angoissant. Le film m'a souvent fait pensé à du très bon Hitchcock. Longs plans très paisibles, soulignés par une musique de fond insidieusement, sourdement inquiétante. L'angoisse monte infailliblement. Violence qui éclate avec de gros plans serrés sur les visages. Sensation d'oppression garantie. Chaque cadrage fait mouche et joue avec les nerfs du spectateur. Une réussite. 

28 avril 2014

My Sweet Pepperland, de Hiner Saleem (Kurdistan, France et Allemagne, 2013)

my sweet pepperland

Lundi 28 avril, l'Arlequin.

Le film s'ouvre sur les sanglots d'un homme que l'on s'apprête à pendre, après la tenue d'un tribunal sommaire. La suite du film fort étrangement prend un envol magique. Nous voici transportés dans une région montagneuse isolée du Kurdistan, où les hommes ne peuvent se déplacer qu'à cheval ou à pied. Et tout prend une tonalité de western fort savoureux, car totalement inattendu dans ce cadre, servi par un casting impeccable, des paysages à la sauvagerie somptueuse, et une bande musicale qui fait s'alterner des classiques américains (Elvis Presley...) avec des musiques traditionnelles.

Un nouvel officier de police, Baran (Korkmaz Arslan), vient faire respecter la loi de l'Etat kurde dans cette région reculée, qui est sous la coupe d'un chef de bande, Aziz Aga. Règlements de compte virils entre ceux qui essaient d'incarner et d'imposer la loi et l'ordre, les contrebandiers commandés par Aziz Aga, mais également des résistantes turques cachées dans les montagnes qui luttent pour leurs droits. Ce film est également un plaidoyer pour le respect des droits des femmes, que domine le personnage de Govend (Golshifteh Farahani), jeune institutrice qui souhaite faire évoluer son pays par l'éducation des enfants, mais qui bataille également pour sa propre indépendance. Le film réserve d'autres enchantements, lorsque Govend joue du "hang", instrument métallique circulaire aux envoûtantes sonorités de pluie. Bref, un film que l'on n'a pas envie de quitter, même lorsque s'achève le générique de fin.

4 mai 2014

Pas son genre, de Lucas Belvaux (France, 2013)

pas son genre

Samedi 3 mai, MK2 Odéon.

Le cinéma sincère de Lucas Belvaux fait mouche encore une fois, dans cette histoire d'une passion amoureuse, celle de Clément, enseignant de philosophie parisien qui vient d'être muté à Arras, et de Jennifer, coiffeuse. On sait dès le début que cela ne pourra pas "marcher", malgré leur entente sensuelle et la sincérité de leurs sentiments, les barrières sociales et culturelles resteront infranchissables. Tout est justesse et sobriété dans ce film plein d'humanité et bouleversant, Emilie Dequenne et Loïc Corbery sont excellents. Le cinéma de Lucas Belvaux reste définitivement mon genre de cinéma. 

8 mai 2014

Noor, de Caglia Zencirci et Guillaume Giovanetti (France, Turquie, 2012)

noor

Lundi 5 mai, MK2 Beaubourg.

Un peu déçue par ce film qui m'a semblé bancal, ni documentaire ni film, mais un peu plus documentaire quand même. Le dépaysement est là heureusement, avec une plongée intéressante dans le Pakistan, ses villes, ses habitants, ses paysages magnifiques. Une très belle scène finale malgré tout, lorsqu'un des personnages, une femme, danse au bord d'un lac de montagne au lever du soleil. L'histoire aurait mérité plus de densité, alors qu'elle s'y prête, dans le portrait de Noor, le personnage principal, ancien danseur de la caste transgenre des khusras qui retourne dans la vie civile pour mener une vie d'homme mais se heurte aux préjugés de la société. Noor reste un paria qui ne peut trouver qu'un emploi ingrat et mal payé, le mariage lui est impossible. Intéressant, mais une image quelconque et un ensemble qui manque de rigueur.

24 avril 2014

Dans la cour, de Pierre Salvadori (2014, France)

dans la cour

Mercredi 23 avril, MK2 Odéon.

Une nouvelle incartade dans l'univers doux-amer des films de Pierre Salvadori ne peut pas se rater. Encore une fois il ne déçoit pas, je retrouve ses personnages décalés qu'il sait rendre si attachants, interprétés cette fois par l'excellentissime Catherine Deneuve et Gustave Kervern dans les rôles principaux de Mathilde (fraîche retraitée dont le cerveau s'effiloche) et d'Antoine (un musicien dépressif qui renonce à la scène musicale et devient gardien d'immeuble dans le 19e arrondissement de Paris, où vit Mathilde). Dans cette cour d'immeuble qui prête son nom au titre du film, se croisent les habitants ou les voisins, une galerie de personnages pittoresques, attendrissants ou inquiétants. On rit beaucoup, les dialogues et les situations doucement farfelues s'y prêtent, mais on est aussi vite gagné par la gravité. Le contexte où certains tentent de surnager n'est franchement pas rose et reflète la réalité d'une vraie détresse humaine. Un grand bravo à Pierre Salvadori pour nous dépeindre encore avec tant de justesse et de tendresse les doux fêlés de la vie.

29 mars 2014

Her, de Spike Jonze (USA, 2013)

her

Vendredi 28 mars, UGC Ciné Cité Les Halles.

Theodore Twonbly, interprété par Joachim Phoenix, est un écrivain public qui ne parvient pas à se remettre de l'échec de son mariage. Il tombe amoureux d'une application virtuelle (voix de Scarlett Johansson), hyper-intelligence artificielle qui peut tout gérer à partir de son smartphone et organise sa vie à la perfection.

L'action se déroule à Los Angeles,dans un futur peut-être pas si lointain, où chacun s'imagine pouvoir accéder à une vie idéale en se murant dans une pseudo-vie virtuelle. C'est un monde parfait dont les apparences finissent par glacer, pas si éloigné de ce que nous vivons déjà actuellement. Tout le monde se croise et personne ne se parle, chacun étant trop absorbé avec son micro miniaturisé et sa petite oreillette. Mais heureusement, l'amitié existe encore...

Joachim Phoenix montre encore une fois qu'il est un acteur prodigieux, il passe par toutes les étapes de la rencontre amoureuse seul face à son ordinateur avec une crédibilité époustouflante. Le film offre un miroir pertinent de nos espoirs, de nos illusions et de nos difficultés, avec des scènes parfois pleines d'humour mais aussi souvent bouleversantes. Une histoire très originale, filmée avec des images parfois surprenantes de beauté.

24 mars 2014

Diplomatie, de Volker Schlöndorff (France, Allemagne, 2014)

diplomatie

Lundi 24 mars, UGC Odéon.

Un film classique et soigné qui se regarde avec plaisir, grâce aux prestations irréprochables de Niels Arestrup dans le rôle du général Von Choltitz, gouverneur de Paris sous l'Occupation, et d'André Dussolier dans le rôle du consul Suédois Nordling. Brutalité contre rouerie. Un huis clos tourné dans une suite de l'hôtel Meurice, émouvant puisque l'enjeu de ce face à face, qui se déroule dans la nuit du 24 au 25 août 1944, est la destruction de Paris ordonnée par Adolf Hitler, après que Berlin ait été bombardée par les Alliés. Pas de surprise mais un bon moment de cinéma honnête.

23 mars 2014

Phantom of the Paradise, de Brian de Palma (USA 1974)

phantom

Samedi 22 mars, Filmothèque du Quartier Latin.

Un de mes films cultes, que je vois en salle pour la troisième fois, mais cette fois-ci en version restaurée, numérisée. Une délectation, autant pour la musique de Paul Williams que pour l'histoire du pauvre Winslow Leach, compositeur génial qui se fait voler ses partitions par l'infâme Swan, producteur du label Death Records, qui recherche de nouveaux talents pour son Paradise, salle de concert rock où doit se produire ce qui se fait de plus décadent, pour créer l'événement. William Finley, Jessica Harper, Gerrit Graham, Paul Williams sont tous inoubliables. Grand prix du festival du film fantastique à Avoriaz en 1975, je découvre le film l'année suivante et défends depuis inconditionnellement la créativité de Brian de Palma.

23 mars 2014

Portrait of Jason, de Shirley Clarke (USA, 1967)

portrait of jason

Samedi 22 mars, Reflet Médicis.

J'avais découvert "The Connection" en septembre dernier, mais je l'avais trouvé un peu artificiel, voire complaisant avec les scènes de toxicomanie, même si je gardais bien en tête que Shirley Clarke osait à l'époque montrer pour la première fois à l'écran tout ce que la société américaine préférait ignorer.

Cette semaine, c'est "Portrait of Jason" qui sort et qui me permet de découvrir un autre aspect de son oeuvre. Jason, c'est Jason Holliday, qu'elle a filmé dans sa chambre du Chelsea Hotel pendant 12 heures d'affilée. L'homme est noir, homosexuel, comédien, et se défonce avec tout ce qui peut lui tomber sous la main, en l'occurence énormément d'alcool pendant tout le temps que dure le tournage, face à la caméra. Difficile de savoir qui est vraiment Jason car on assiste à un show continu, c'est un homme de spectacle assurément, qui se dissimule derrière un flot continu de mouvement, de parole et d'éclats de rire pour éviter à tout prix la mise à nu, même lorsqu'il évoque son enfance brutalisée ou sa tentative de suicide une nuit dans un commissariat. C'est seulement lors des ultimes minutes du documentaire, quand le caméraman le pousse dans ses retranchements en faisant mine de lui refuser son amitié que son désespoir affleure sur son visage. Le masque est tombé. Cut.

20 mars 2014

Les chiens errants, de Tsai Ming-Liang (Taïwan, 2013)

chiens errants

Lundi 17 mars, les 3 Luxembourg.

Une succession de plans statiques parfois très longs, souvent d'une splendeur hors du commun, m'ont fait vivre une expérience sensorielle, dans la mesure où la frontière entre la salle et l'écran se trouve abolie. On vit et respire avec les personnages et c'est donc parfois éprouvant d'être confronté à la souffrance du personnage principal, un père de famille sans domicile qui élève seul ses deux enfants et qui travaille par tous les temps au bord des routes comme homme-sandwich, pour des annonces immobilières. L'acteur est extraordinaire, je pense notamment à sa performance sidérante lors de la "scène du chou" qui est digne d'une anthologie. Inoubliable. Je n'en dirai pas plus. C'est plutôt un film expérimental, à plusieurs reprises j'ai pensé qu'il pourrait faire l'objet d'une magnifique expo photo. Mais je préfère aller au cinéma pour des narrations plus traditionnelles, à l'approche moins exigeante.

15 mars 2014

How I live now, de Kevin McDonald (GB, 2013)

how i live now

Vendredi 14 mars, UGC Odéon.

La très belle affiche du film m'avait attiré l'oeil dans le métro et comme j'avais admiré "Le dernier roi d'Ecosse" en son temps, je me suis empressée de découvrir le dernier film de Kevin McDonald.

C'est une très intéressante incursion dans le monde des adolescents, dont les jeux et les préoccupations rendent leur univers encore parallèle à celui des adultes. Je retrouve le fin visage sensible de Saoirse Ronan, aperçue dans un des multiples seconds rôles de "The Grand Budapest Hotel", qui interprète cette fois-ci le rôle principal, celui d'Elizabeth-Daisy, une jeune américaine de 16 ans anorexique et perturbée, avec une justesse épatante. Alors qu'elle est partie en vacances chez de jeunes cousins britanniques qu'elle rencontre pour la première fois, la 3ème guerre mondiale éclate et une bombe atomique pulvérise Londres et ses abords. Et voici la présence de la guerre dans la magnifique campagne anglaise, qui donne à voir quelques plans surprenants, tellement nous sommes habitués aux images de guerre mais en des pays bien plus lointains. Nos adolescents doivent affronter un quotidien bouleversé. Les adultes ne sont guère présents, sinon sous l'uniforme des militaires ou de civils inquiétants. Daisy apprend à surmonter ses peurs et grandit. C'est un parcours initiatique dans des conditions extrêmes, qui ne sont malheureusement pas toujours très bien rendues. 

Le film est loin d'être aussi fort que "Requiem pour un massacre" d'Elem Klimov, auquel j'ai forcément pensé à la fin de la séance, mais cela ne peut pas être reproché à Kevin McDonald, car c'est une mission impossible. Il reste un beau film qui contient quelques scènes réussies et parfois éprouvantes, mais pas toujours très cohérent, ce qui l'empêche de gagner en force. 

13 mars 2014

The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson (USA 2013)

GB Hotel

Mercredi 12 mars, MK2 Odéon.

L'affiche du film, très attrayante, offre le meilleur résumé du film qui tient en une succession de beaux portraits, autant de têtes d'affiches que j'ai eu plaisir à reconnaître tout du long, avec une mention spéciale pour Harvey Keitel, savoureuse apparition de taulard tatoué.

Le rythme trépidant frôle l'hystérie. Tous les petits personnages courent et se poursuivent, s'échappent d'une case à l'autre comme dans une bande dessinée au graphisme (trop) léché. Les scènes se succèdent dans une virtuosité incontestable mais c'est beau et parfait comme une bulle de savon irisée, qui éclate dès la sortie de salle et dont il ne reste rien.

Le fait que le film soit dédié à Stefan Zweig me laisse perplexe.

11 mars 2014

Les bruits de Recife, de Kleber Mendonça Filho (Brésil 2012)


recifeVendredi 7 mars, La Clé.

Je quitte la salle avec un sentiment de stupéfaction, les dernières minutes du film étant parfaitement inattendues.

Ce film brésilien ouvre des fenêtres multiples sur la vie quotidienne de plusieurs habitants de la classe moyenne supérieure, dans un quartier moderne de Recife, chacun aux prises avec ses préoccupations et ses petits soucis. L'organisation sociale semble immuable d'une famille à l'autre, d'une génération à l'autre, avec leurs personnels à disposition qui s'affairent discrètement dans leurs tâches domestiques, lesquelles se transmettent aussi de génération en génération. C'est le confort presque léthargique d'une société à la structure figée dans laquelle fait un jour irruption une petite société de gardiennage privé, qui vient proposer ses services. Très vite, leurs heures de garde sont aussi vides et monotones que la vie des habitants... Jusqu'à ce que cette monotonie générale soit remise en question de façon surprenante à la toute fin du film. Epatant.

Le film a été justement récompensé de plusieurs prix, à Rotterdam, Copenhague et Sao Paulo.

26 février 2014

L'éclat du jour, de Tizza Covi et Rainer Frimmel (Autriche, 2013)

l'éclat du jourC'est le hasard qui me conduit à voir ce film le lundi 17 février au soir, à l'Espace Saint-Michel, car mon heure d'arrivée correspond à celle de la projection. Et comme souvent, le hasard a vraiment bien fait les choses, car ce film m'a vraiment emballée, filmé entre Hambourg et Vienne avec un réalisme proche du documentaire.

Un vieil homme, Walter, retrouve son neveu Philipp, à Hambourg. En fait, il voudrait se réconcilier avec son frère, dont il est fâché depuis des décennies. Il ne reverra pas son frère mais approfondit sa relation avec son neveu. C'est la confrontation d'un ancien artiste de cirque et d'un jeune acteur de théâtre qui commence une "belle carrière", comme on dit. L'éclat du jour, je l'ai trouvé dans la personnalité simple et lumineuse de Walter, dont l'humanité transparaît dans chacun de ses actes et de ses paroles, en opposition à son neveu narcissique (mais c'est peut-être une des conditions de la réussite...) qui ne vit qu'au travers de ses rôles, dans des mises en scènes contemporaines déconnectées de la réalité, absurdes. Un film qui nous raccorde à ce qui fait la saveur de la vie, l'altruisme, l'attention désintéressée que l'onporte à l'autre, transposées dans l'humanité simple et directe, agissante, de Walter.

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