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Mora Venise au cinéma
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16 juillet 2015

Cendres, d'Idrissa Guiro et Mélanie Pavy (France, Sénégal 2015)

cendresSamedi 20 juin, les Trois Luxembourg.

Un documentaire filmé paresseusement et quelconque. Dommage car le thème était vraiment intéressant - la remontée aux sources d'une jeune femme franco-japonaise qui se rend à Paris suite au décès de sa mère, afin d'en recueillir les cendres et de les ramener au Japon pour une seconde cérémonie funéraire, le grand écart entre deux cultures et deux époques, la nôtre et celle des sixties, lorsque la défunte faisait de la figuration auprès des réalisateurs de la Nouvelle Vague - mais tout ceci est abordé maladroitement, à peine esquissé, mal découpé. On reste sur notre faim et la vision de ce long métrage en est d'autant plus décevante.

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15 juillet 2015

Une seconde mère, d'Anna Muylaert (Brésil, 2015)

une seconde mèreJeudi 26 juin 2015, MK2 Odéon.

Thème récurrent dans le cinéma brésilien, le rapport maître et serviteur, souvent agrémenté de la relation quasi-filiale qui s'établit entre les domestiques et les enfants de la maisonnée. Voici donc Val, une pétulante domestique au service d'une famille bourgeoise de Sao Paulo, qui a élevé et entoure toujours d'une affection maternelle le fils des maîtres, alors qu'elle a dû laisser sa propre fille à la garde de sa soeur. L'arrivée impromptue de sa fille, qui vient passer le concours d'entrée d'une grande école, va bouleverser l'ordonnancement social bien réglé de ce foyer. Un film sympathique, chaleureux et souriant qui n'atteint pas toutefois le degré de finesse de Casa Grande.

14 juillet 2015

Mustang, de Deniz Gamze Ergüven (Turquie, Allemagne, France 2015)

mustangLundi 22 juin 2015, MK2 Odéon.

D'épatantes jeunes comédiennes pour incarner les différentes facettes des destinées féminines dans la Turquie d'aujourd'hui. Au sein de leur famille, les tabous, la soumission et l'aliénation restent de mise, pas grand'chose semble n'avoir évolué depuis Yol, mais outre l'extraordinaire vitalité de la rébellion des héroïnes, certains personnages secondaires donnent quelques signaux d'espérance et de modernité. Un film qui cherche à conjurer l'inquiétante régression des revendications féminines, actuellement dans nombre de pays.

7 juin 2015

Barry Lyndon, de Stanley Kubrick (USA, Angleterre, 1975)

barry lyndonSamedi 6 juin 2015, la Filmothèque du Quartier latin.

Fils unique orphelin de père, élevé par une mère aimante au milieu des volailles dans la campagne irlandaise, le jeune Redmond Barry est courageux, noble d'âme et de coeur, mais l'environnement dans lequel il passe ses années de maturité - l'armée anglaise puis prussienne, et enfin la compagnie d'un aristocrate espion et escroc - ont raison de la hauteur de ses sentiments. Il devient un soudard opportuniste, connaît une ascension sociale puis une déchéance tout aussi fulgurante qui le renvoie à sa condition première. Cette merveille du 7e art illustre fabuleusement la prédétermination sociale et la nocivité de l'environnement, même sur un tempérament des plus prometteurs.

10 mars 2015

Mon fils, d'Eran Riklis (Israël, France, Allemagne, 2014)

mon filsVendredi 6 mars 2015, Escurial.

Après la vacuité tarasbicotée d'Inherent Vice, retrouver un peu de simplicité et d'intelligence était devenu une urgence. Utile et courageux conviendraient également pour décrire ce dernier film d'Eran Riklis, qui nous introduit dans le quotidien ordinaire d'un jeune Arabe, scolarisé dans un lycée juif de Jérusalem. Très émouvant mais toujours digne, puisque c'est cette aptitude qui permet de surmonter les injustices et les outrages, Mon fils est un très beau film d'amour, d'amitié et de fidélité, dont certaines scènes pourraient paraître violemment transgressives à tout idéologue fanatique, qui évoque l'origine commune d'un peuple né d'une même terre, transposée ici sous la forme de deux adolescents, l'un juif et l'autre arabe, et de la mère du premier.

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6 juin 2015

Allemagne année zéro, de Roberto Rossellini (Italie, 1947)

allemagne année oLundi 1er juin 2015, Filmothèque du Quartier latin.

Deux ans après la fin des combats, Berlin est toujours un champ de ruines et les Berlinois survivent comme ils peuvent pour se loger, se nourrir ou se chauffer. Il s'agit de Berlin et des Berlinois, mais cela pourrait être n'importe quelle ville et n'importe quelle population, cela ne fait aucune différence pour Rossellini qui filme les conséquences de la guerre et l'irresponsabilité d'un dirigeant qui a précipité son peuple dans un désastre. Pessimiste ou désillusionné, à travers les membres d'une famille, il nous montre une peste brune toujours sous-jacente, peu glorieuse et qui survit, tandis que la sagesse de la vieille Allemagne meurt de la main de l'enfant chéri.

31 mai 2015

L'ombre des femmes, de Philippe Garrel (France, 2014)

ombre des femmesSamedi 30 mai 2015, le Saint-Germain.

Encore un beau noir et blanc très contrasté, filmé avec de la vraie pellicule, ce qui donne à l'ensemble une noblesse savoureuse. Une histoire d'adutère toute simple, mais ce genre de simplicité très travaillée, ouvragée dans les dialogues et extrêmement bien interprétée. Du travail d'orfèvre impeccable.

7 mars 2015

Inherent Vice, de Paul Thomas Anderson (USA, 2014)

inherent viceJeudi 5 mars 2015, l'Arlequin.

Complètement ennuyeux, rien ne parvient à accrocher l'attention et à sauver le film : une trame alambiquée à laquelle on ne comprend rien, une image quelconque, une BO médiocre (à part quelques morceaux), des acteurs normalement charismatiques mais qui deviennent là étrangement insignifiants. Comment est-ce possible, avec Joaquin Phoenix, Josh Brolin, Benicio del Toro ?! Du temps perdu et une grande déception face à un film qui ne tient pas ses promesses..

24 mai 2015

Il était une fois en Amérique, de Sergio Leone (USA, Italie, 1984)

il était une foisSamedi 23 mai 2015, Grand Action.

4h et 21mn de projection pour le film restauré, respectant le découpage initial, tel que l'avait conçu le maître. L'inclusion des scènes coupées apporte une nouvelle fluidité au récit, enrichit la lecture, et je découvrirais presque un film différent de la version d'environ 3h30 vue au moins 10 fois à la télé, en VHS puis en DVD. Les scènes restituées accroissent la violence, la crudité mais aussi l'émotion romanesque, permettent de mieux cerner la psychologie des personnages. De toute façon, version raccourcie ou intégrale, je ressens le même éblouissement, peut-être bien fanatique, de la première à la dernière seconde de projection. Face à cette merveille, je voudrais que le temps s'arrête, entrer dans l'écran et ne jamais ressortir de la salle. A la suite de ce monument, aborder un autre film relève de l'impossible, car tout fait alors figure d'oeuvre de nain.

23 mai 2015

Irvin Yalom, la thérapie du bonheur, de Sabine Gisiger (Israël, 2014)

thérapie du bonheurVendredi 22 mai 2015, l'Arlequin.

Pas très convaincue non plus par ce documentaire pourtant honnête, qui offre un portrait doux et pudique d'Irvin Yalom, psychanaliste américain mondialement renommé. Photos de famille qui permettent d'entrevoir la vie des immigrants fuyant les pogroms d'Europe de l'Est durant les toutes premières décennies du 20e siècle, interviews des proches, femmes et enfants, nombreux plans de l'univers aquatique, mouvements d'océan, plongée sous-marine, tout ceci est bien construit pour accompagner la trajectoire du grand savant dans le monde de l'analyse. Malheureusement, quiconque espérerait une introduction plus poussée à ses théories, plus de profondeur, reste immanquablement sur sa faim. Une personnalité de ce niveau ne peut être que hors norme, avec ses contradictions et ses caractéristiques. Mais lesquelles ? Rien n'en transparaît, ou très peu, dans ce joli portrait tiède, que l'on oublie très vite à la sortie de salle.

5 mars 2015

Max et Lenny, de Fred Nicolas (France, 2015)

max et lennyVendredi 27 février, Espace Saint-Michel.

De même que Birdman m'avait paru être l'anti Maps to the Stars, Max et Lenny c'est l'anti Gang de filles, auquel j'avais passablement accroché. C'est un cinéma du réel, filmé dans les quartiers nord de Marseille, à la suite de Lenny, une jeune fille déscolarisée franco-algérienne, qui vit avec son frère dealer. Pas vraiment désoeuvrée mais incapable de s'entrevoir un avenir quel qu'il soit, elle expulse sa révolte par le rap qu'elle pratique en cachette, écrivant sans relâche ses paroles dans un petit carnet. Quant à Max, c'est une jeune fille congolaise sans papiers qu'elle rencontre fortuitement et avec laquelle elle vit une amitié entière et exaltée, à l'image de son caractère, de ce type d'amitié hors de toutes normes, que l'on n'expérimente qu'à l'adolescence et que l'entourage est bien souvent incapable de comprendre. Un fort joli film, authentique et prenant, qui nous introduit sans tricher dans l'univers parallèle de ses protagonistes et ne tombe jamais dans le misérabilisme ou les clichés attendus. A noter, la participation fugitive de Mathieu Demy en prof de français et celle de Pierre Salvadori en commissaire de police.

1 mars 2015

Birdman, d'Alejandro Inarritu (USA, 2014)

birdmanJeudi 26 février, UGC Ciné Cité Les Halles.

Aux antipodes de Maps to the stars, film inutilement cruel et cynique, Birdman est une incursion sans complaisance mais bourrée d'humanité, dans le milieu du cinéma et du théâtre, de la critique new-yorkaise, des règles absurdes du vedettariat et d'une image incontrôlable, jetée en pâture à un public avant tout crédule et consumériste. Nous voici donc face à Michael Keaton, comédien vieillissant sur le déclin dont toute la notoriété repose sur son rôle de super-héros ("Birdman") qu'il a tenu dans des blockbusters. Déterminé à donner un nouveau souffle à sa carrière, il se lance dans l'adaptation, la mise en scène et l'interprétation de la nouvelle "Parlez-moi d'amour" de Raymond Carver sur une scène de Broadway. Querelles d'ego entre les comédiens et lieux communs machistes, toutes les névroses s'affrontent et expriment leurs immenses difficultés dans leur rapport à la vie et à leur métier, qui peut constituer leur génie le cas échéant, ou les faire sombrer dans la schizophrénie. Pour nous décrire toutes ces fissures et ces drames individuels d'artistes, Inarritu nous embarque dans une succession de scènes souvent cocasses. On rit donc souvent de bon coeur de personnages en fait dramatiquement fragiles. Un film parfaitement brillant qui sait évoquer avec un grand respect la condition difficile du comédien, et qui n'oublie pas d'évoquer non plus la difficulté d'être un bon spectateur. Un film donc aussi d'une rare intelligence puisqu'il pousse chacun à l'introspection. Michael Keaton dans le rôle-titre, Edward Norton, Naomi Watts... sont tous épatants.

17 mai 2015

La rue de la honte, de Kenji Mizoguchi (Japon, 1956)

rue de la honteSamedi 16 mai 2015, la Filmothèque du Quartier Latin.

Cinq portraits de femmes contraintes à la prostitution dans une maison de plaisirs à Tokyo, dans le quartier de Yoshiwara, le plus souvent méprisées par une société qui ignore leur héroîsme. Car toutes sont acculées financièrement et s'investissent d'une mission pour sauver leur famille, payer une caution de justice, subvenir aux études d'un fils, pallier au chômage d'un époux ou rêver d'un destin plus conforme à la morale, qu'elles entrevoient naïvement monnayable. Aucun manichéisme dans ce film très respectueux, qu'il s'agisse des femmes ou de leurs clients, tout aussi désespérés parfois dans la poursuite du plus humain des rêves, la construction d'un foyer. Pas de misérabilisme non plus mais beaucoup de dignité dans les caractères, la seule indécence des situations étant l'indécence morale des tenanciers de la maison qui arguent de l'importance de leur rôle protecteur et social, puisqu'ils donnent une possibilité de "travail" à leurs locataires.

14 février 2015

Les merveilles, d'Alice Rohrwacher (Italie, 2014)

les merveillesVendredi 13 février 2015, UGC Ciné Cité Les Halles.

Luna, Caterina, Marinella et Gelsomina sont les quatre filles d'un couple d'apiculteurs qui vit à la campagne, au coeur de l'Ombrie. Ancien radical venu d'Allemagne, le père impose une vie frugale et des règles de travail strictes à ses petites filles, dont la plus grande, Gelsomina, quitte à peine l'enfance. Pour les enfants, c'est un tiraillement permanent pour s'ouvrir au jeu, dans une insouciance entravée de culpabilité. La rencontre fortuite avec une équipe de TV venue tourner quelques scènes pour l'émission "le village des merveilles" parmi les rochers, près de la rivière où elles se baignent, est un éblouissement pour les enfants et modifiera le regard porté sur le monde des deux aînées, Gelsomina et Marinella. Gelsomina est le personnage central de ce film, la favorite du père mais aussi celle qui est chargée des responsabilités les plus lourdes. La caméra, délicate et précise, saisit toutes les nuances de son esprit en gestation, d'une personnalité à la recherche de son affranchissement. Un film impressionnant d'intelligence et de respect, pour tous les protagonistes.

8 février 2015

Nuits blanches sur la jetée, de Paul Vecchiali (France, 2014)

nuits blanchesSamedi 7 février 2015, MK2 Beaubourg.

Une mise en scène minimaliste et théâtrale, avec deux acteurs (Astrid Adverbe et Pascal Cervo) qui s'entretiennent de leur rapport à la vie, aux autres et au sentiment amoureux, durant quatre nuits en bordure du petit port de Sainte-Maxime, dans le Midi. Le très beau texte est tiré d'une nouvelle de Dostoïevski et permet de renouer avec des émotions purement littéraires. Mais pas d'émotion cinématographique dans cette oeuvre épurée à l'extrême, par ailleurs bien servie par l'élégance de jeu des comédiens.

5 octobre 2014

The tribe, de Myroslav Slaboshpytskiy (Ukraine, 2014)

the tribe

Samedi 4 octobre, MK2 Hautefeuille.

Je suis sortie de la séance les jambes flageolantes, le moins que l'on puisse dire c'est que le spectateur n'est pas épargné par la violence dans laquelle baignent les protagonistes de ce film. Même les films chinois vus cette année n'ont pas atteint ce niveau. Va-t-il falloir que je m'interdise aussi les films en provenance de l'ex-URSS ? Formellement, le film est parfait, dans une succession de longs plans-séquences irréprochables. Parfaitement interprété par de jeunes acteurs sourds et muets, leur gestuelle lors des "dialogues" fascine, en raison de ce qui peut s'apparenter à une chorégraphie perpétuelle. L'action se déroule dans un établissement scolaire, un internat, où règne une bande bien organisée dans les opérations de racket et de prostitution. C'est une jungle de brutalité dénuée de toute moralité, où la compassion est forcément une notion inexistante. Bref, certaines séquences sont insoutenables et réellement traumatisantes. J'ai l'impression d'assister, ces toutes dernières années et plus fréquemment depuis un an, à une surenchère de violence au cinéma, que je regrette vraiment.

3 mai 2015

Leopardi, de Mario Martone (Italie, 2014)

leopardiVendredi 1er mai 2015, Etoile Saint-Germain-des-Prés.

La première chose que je retiens de ce Leopardi est l'excellente bande musicale, toujours inattendue et surprenante de modernité, sans qu'elle ne heurte le classicisme de l'image. C'est un mariage audacieux mais parfaitement réussi. Il s'agit donc de retenir le nom du compositeur : Sascha Ring. Pour le reste, c'est un film qui respire la beauté des intérieurs et des vues italiennes, qui transporte avec réussite le spectateur dans l'époque romantique, mais qui m'a laissé une impression, après la séance, d'un manque de saveur, d'une absence de relief, comme un ouvrage conçu avec soin par un élève consciencieux et appliqué. Malgré un réel plaisir visuel (et auditif !), et une première heure qui capte réellement l'intérêt du spectateur, l'ensemble est bien trop long et souffre de l'étirement inutile de certaines scènes, surtout durant la seconde partie, après que le poète ait quitté l'environnement familial carcéral édifié par un père trop aimant, exclusif et dévorant. Il semble que la critique a souvent rattaché Mario Martone à Visconti à travers cette réalisation. Ce film, bien que très soigné et plutôt agréable, n'en possède ni la puissance ni l'ampleur.

18 janvier 2015

Pasolini, d'Abel Ferrara (France, Italie, Belgique, 2014)

pasoliniVendredi 16 janvier 2015, Reflet Médicis.

Restée sur ma faim après Le scandale Paradjanov, je persévère malencontreusement avec ce Pasolini d'Abel Ferrara, que j'avais pourtant hâte de découvrir après la très belle bande-annonce entraperçue mi-décembre. Willem Dafoe campe un Pasolini élégant, convaincant, photogénique, et il faut reconnaître à Abel Ferrara le mérite d'avoir respecté le caractère politique de l'écrivain et du poète, aspect primordial de ce personnage engagé, car on ne peut pas toujours en dire autant de tous les biopics. La bonne surprise aussi est de retrouver les traits de Ninetto Davoli, sous un beau casque neigeux, sa faconde joyeuse et ses yeux d'illuminé qui s'inséraient si parfaitement dans l'univers de Pasolini, mais qui ici semblent en étrange décalage. Car l'ensemble n'est pas à la hauteur, on dirait du sous-Pasolini. Quel dommage de réaliser un film médiocre pour un si grand metteur en scène ! Le Scandale a au moins le mérite de la fantaisie et d'une plus grande humilité face à son sujet...

1 mai 2015

Le journal d'une femme de chambre, de Benoît Jacquot (France, Belgique 2014)

le journal femme de chambreMercredi 28 avril 2015, MK2 Hautefeuille.

Dès les premiers instants du film, c'est un bonheur de cinéma, littéraire sans être ennuyeux et qui se révèle au fur et à mesure puissamment politique. Pour ne rien gâter, magnifiquement interprété à chaque instant par tous les acteurs, sans oublier l'excellente musique composée par Bruno Coulais. Bref, cette nouvelle adaptation du Journal d'une femme de chambre est une surprise tant elle est réussie. Léa Seydoux exprime de tout son corps la révolte bouillonnante du prolétariat de l'époque et en même temps la lassitude de son asservissement, à une époque où une fille issue du "petit peuple" n'a d'autre choix que d'être exploitable à merci, dans la domesticité ou la prostitution. Vincent Lindon de son côté incarne un prolétariat mutique et sombre, et laisse entrevoir toute la noirceur des temps à venir, qui engloutira l'Europe quelques décennies plus tard. Classique et moderne à la fois, profondément intelligent, ce film à costume très soigné, d'une photographie très sensuelle, reste en même temps très actuel dans tout ce qu'il dénonce, notamment la difficulté des femmes à s'affranchir d'un déterminisme social et culturel qui peut les enfermer dans toutes les formes de servitude, ou encore l'antisémitisme rampant Il est scandaleux qu'un tel film n'ait pas récolté le moindre prix lors de la dernière berlinale où il fut présenté.

27 avril 2015

Les nouvelles aventures de Gros-Pois et Petits-Points, de Lotta Geffenblad (Suède, 2014)

gros point et petits poisVendredi 24 avril 2015, Le Brady.

Fraîcheur et innocence pour cette séance d'animation, composée de petits épisodes mettant en scène les expériences et découvertes de deux lapins de pâte à modeler, sur le pelage desquels figurent de gros points pour l'un et des petits pois pour l'autre. Au programme : cuisine, cueillette de champignons, varicelle, déguisement, achat de chaussures dans une boutique onirique, fête disco pour le Nouvel An... Tout mignon.

26 avril 2015

Une belle fin, d'Uberto Pasolini (Grande-Bretagne, 2014)

une belle finMardi 21 avril 2015, l'Arlequin.

Petit fonctionnaire gris, invisible et appliqué, John May a pour mission de retrouver les familles de personnes décédées et d'organiser leurs obsèques. Il se retrouve finalement toujours seul aux cérémonies d'enterrement car il tient à accompagner les derniers instants de présence sur terre de ces inconnus, qui ont achevé leur vie dans la plus totale solitude. Malheureusement, sa trop grande conscience professionnelle lui vaut d'être licencié, car les enquêtes qu'il mène pour retrouver des proches l'empêchent d'être suffisamment "productif". Et le même jour il apprend que son dernier dossier concerne un homme qui habitait en face de chez lui. Nous suivons l'enquête menée par ce petit homme faussement insignifiant et quelconque, porteur d'une éthique élevée, à contre-courant de la frénésie, de la vulgarité et de la productivité de la société ambiante, et nous assistons aussi au virage décisif que prend sa vie. Un très beau film qui, finalement, évoque avec pudeur et sensibilité tous les invisibles, les exclus ou les accidentés de la vie.

26 avril 2015

Taxi Téhéran, de Jafar Panahi (Iran, 2014)

taxi téhéranVendredi 17 avril 2015, MK2 Hautefeuille.

Récompensé par l'Ours d'or lors de la dernière berlinale, Taxi Téhéran a été tourné dans la clandestinité par Jafar Panahi qui interprète pour l'occasion un chauffeur de taxi. Filmé en huis clos puisque tout se déroule à l'intérieur de son véhicule, au gré des passagers qui sont pris en charge et nous dévoilent par leurs propos les différentes facettes d'une société soumise à la censure, le film réussit le tour de force d'être à la fois souriant, cocasse et grave. Tant de dignité et de lucidité courageuse, sous le ton de la légèreté et de l'humour, force l'admiration.

24 mars 2015

Anton Tchékov, de René Féret (France, 2015)

anton tchekovSamedi 21 mars 2015, UGC Odéon.

Un film bienfaisant et sans artifice, à l'image de l'écrivain russe qui nous est ici interprété par Nicolas Giraud. Une mise en scène sobre, précise et fraîche, minimaliste sans être sèche, avec de nombreuses scènes d'intérieur, des dialogues soignés et simples, bref une forme d'élégance discrète court tout au long de ce récit, qui fait d'ailleurs penser à l'atmosphère des pièces de Tchékov. L'écrivain, son univers et sa personnalité m'ont donc paru parfaitement représentés. C'est d'autant plus appréciable quand la production actuelle du cinéma donne plutôt dans la surenchère d'artifices, talentueux ou non. L'occasion est donnée d'éprouver une forme de bonheur qui se fait rare, comme une sortie en forêt ou en plage déserte pour l'habitant d'une grande ville bruyante.

22 mars 2015

Un homme idéal, de Yann Gozlan (France, 2015)

un homme idéalVendredi 20 mars 2015, UGC Odéon.

Pour rester dans le thème de l'oeuvre usurpée, mais cette fois sous le signe de l'écriture, Un homme idéal met en scène un jeune homme qui s'approprie le manuscrit d'un vieil homme décédé. Alors que ses essais littéraires n'essuyaient jusqu'alors que des refus des maisons d'édition, celui-ci le propulse aussitôt vers la gloire, l'amour etc. Mais, c'est bien connu, un bien mal acquis ne peut pas profiter bien longtemps. Ce jeune homme se retrouve rapidement entraîné dans une spirale de mensonges et d'actes de plus en plus répréhensibles. Le suspens est très soutenu et plutôt réussi, les situations sont certes de plus en plus abracadabrantes au fil du récit, et l'absence de subtilité peut même lasser et faire regretter que le potentiel des acteurs ne soit pas mieux exploité, mais le tout se regarde sans déplaisir après une journée de boulot, comme une série B sympathique.

22 décembre 2014

Charlie's country, de Rold de Heer (Australie, 2014)

charlie's countryDimanche 21 décembre 2014, Espace Saint Michel.

Du monde dans la petite salle de l'Espace Saint Michel, c'est-à-dire une bonne trentaine de personnes, ce qui n'est pas si fréquent en ce lieu. Charlie, un vieil aborigène, entame un long chemin pour renouer avec sa terre nourricière, à cause d'une législation qui ne permet plus de vivre décemment et ne cesse d'empiéter sur les traditions du peuple aborigène. David Gulpilil, l'interprète principal, a coécrit le scénario de ce film bouleversant, plaidoyer en faveur d'un peuple méprisé et bafoué dans ses droits, lentement exterminé, perdu dans ses repères car dramatiquement coupé de ses traditions profondes et de l'harmonie qui le liait à sa terre-Mère. Un film précieux qui permet de bien comprendre les effets destructeurs de toute colonisation.

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